Bouclier naturel, la peau est le premier organe en contact direct avec le soleil dont les rayons ultraviolets A et B peuvent provoquer d'importants dégâts au-delà d'un seuil donné d'ensoleillement. C'est donc dès le plus jeune âge qu'il faut apprendre à s'en protéger efficacement pour éviter le coup de soleil immédiat et surtout limiter les dommages tissulaires à plus long terme. Des expositions solaires brutales et intenses pendant l'enfance semblent augmenter considérablement le risque d'apparition de mélanomes, ces cancers cutanés gravissimes, à l'âge adulte.
Nos systèmes de défense en surface…
Face aux rayons solaires, la première défense de la peau est mécanique : elle fabrique de la kératine et épaissit son épiderme. Elle réagit aussi en mettant en œuvre une photoprotection naturelle, une sorte de "filtrage" actif dans lequel les caroténoïdes des couches superficielles de la peau et la mélanine, pigment coloré produit par les mélanocytes, jouent un rôle prioritaire. Cette protection dépend de la répartition des pigments de mélanine à la surface de la peau. Celle-ci détermine le phototype propre à chacun d'entre nous, c'est-à-dire notre capacité à nous défendre face au soleil. Cette capacité reste constante tout au long de la vie, ce qui signifie qu'on ne s'habitue pas au rayonnement solaire.
Le bronzage ou pigmentation retardée provient de l'élévation du taux de mélanine qui "pousse" des extensions vers les couches superficielles de la peau (kératinocytes) pour recouvrir les cellules à la manière d'un parasol. Ce bronzage se stabilise au bout d'une vingtaine de jours puis s'efface progressivement si l'exposition solaire est interrompue.
… et en profondeur
Nos cellules sont capables de se protéger des effets nocifs du soleil grâce à des systèmes internes. Notre système de défenses immunitaires est gardé par des sentinelles appelées cellules de Langerhans qui, dès qu'elles repèrent des corps étrangers et des cellules anormales alertent d'autres agents de surveillance (les lymphocytes) capables de déclencher des réactions de défense. Mais les radicaux libres – substances toxiques produites par les rayons UV en excès – endommagent ces cellules-sentinelles qui ont alors du mal à assurer leur fonction. Heureusement dans le même temps, d'autres substances, véritables pompiers de service, interviennent rapidement pour "éteindre l'incendie" et limiter les lésions cellulaires en neutralisant les radicaux libres incendiaires et en réparant ou en éliminant les cellules touchées. La destruction de ces systèmes de réparation et/ou d'élimination des cellules défectueuses est à l'origine de l'apparition de tumeurs cancéreuses. Ainsi, nos moyens d'autodéfense face au soleil sont performants mais ils ont des limites et sont dépassés en cas d'exposition excessive.
Coup de soleil et allergie
l Le coup de soleil ou érythème actinique traduit un abus de soleil ; cette brûlure est due aux UVB. L'atteinte peut être bénigne – de couleur rosée, superficielle, elle disparaît sans dommage. Mais elle peut être plus marquée et virer au rouge vif. Les vaisseaux sanguins se dilatent provoquant des œdèmes, des douleurs plus ou moins intenses ; dans les cas graves, la brûlure touche les couches plus profondes de la peau.
l Les photosensibilisations sont des réactions pathologiques qui résultent de l'interaction entre une substance photosensibilisante et la lumière. Il existe deux types de photosensibilisation. La phototoxicité est une réaction immédiate ou retardée (24 à 72 heures après l'exposition) – strictement localisée aux régions exposées au rayonnement – qui se déclenche après une exposition minime. (Avant de vous exposer, évitez de vous parfumer et renseignez-vous auprès de votre pharmacien si vous prenez des médicaments, certains sont phototoxiques.) La photo-allergie apparaît après un premier contact avec un agent photo-allergisant, elle se manifeste au niveau des zones découvertes et/ou protégées ; la plus connue est la lucite estivale bénigne (LEB).
Vieillissement et cancers cutanés
Les effets invisibles sont le résultat de l'agression répétée des radicaux libres produits par les UVA essentiellement ; les altérations ne sont pas perçues immédiatement mais elles existent bien et induisent des dégâts qui deviennent visibles à long terme.
l Irréversible : le vieillissement photo-induit ou héliodermie. Les radicaux libres vont dégrader les fibres de collagène et d'élastine qui sont les tissus de soutien de la peau. Celle-ci perd son élasticité ; elle s'assèche et s'épaissit.
Même si vous vous croyez bien protégé, ne vous exposez donc pas toute la journée car le vieillissement photo-induit est inévitable et sous votre superbe bronzage se forment des rides, des taches brunes… ou des lésions plus graves.
l Les cancers de la peau – une autre conséquence des radicaux libres – sont de deux types : les carcinomes touchent les kératinocytes (cellules de l'épiderme) ; les mélanomes s'attaquent aux mélanocytes et sont beaucoup plus dangereux que les carcinomes car ils se propagent aux autres organes (métastases) en quelques mois et deviennent incurables.
Les enfants sous haute surveillance
Même si de nombreux parents ont conscience des dangers du soleil pour les enfants, leur protection est parfois négligée et leur peau – qui ne possède pas encore les défenses naturelles suffisantes – est trop souvent surexposée. La joie de les voir courir sur le sable, escalader les dunes, barboter dans l'eau ne doit pas vous faire oublier les mesures élémentaires de prévention vestimentaire, horaire, hydrique aussi et la photoprotection. En été, pas de soleil sans T-shirt, chapeau ou
casquette et lunettes de soleil filtrantes même si votre enfant rechigne à les garder sur le nez. La protection solaire vient en complément. Choisissez un produit solaire spécifique enfant et nourrisson avec l'aide de votre pharmacien : un bon niveau de protection UVA et UVB assuré par des produits à indices de protection élevés, des filtres non allergisants, une formulation eau dans huile (E/H), une résistance à la chaleur et
à l'eau, une absence de parfum sont les principaux critères à prendre en compte. Malgré la photoprotection, la prudence déconseille d'exposer au soleil les enfants de moins de trois ans.
Filtres ou écrans ?
Il existe deux catégories de protection solaire : les produits qui ne renferment que des écrans minéraux et ceux qui combinent écrans organiques ou filtres chimiques et écrans minéraux. Ils ont chacun leurs avantages et leurs inconvénients.
* Les écrans minéraux (dioxyde de titane, oxyde de zinc) agissent comme un miroir en réfléchissant le rayonnement ; ils restent uniquement en surface et sont très bien tolérés. Votre pharmacien vous les conseillera pour la protection des tout-petits, des peaux claires
ou allergiques. Leur inconvénient : ils s'étalent mal et blanchissent la peau. Ce qui n'est pas très esthétique devient un avantage chez l'enfant : les zones protégées sont ainsi bien visualisées.
* Les filtres chimiques (cinnamates, octocrylène, Mexoryl…) absorbent la radiation avec une bonne protection UVA et UVB ; ils s'appliquent facilement sans laisser de trace sur la peau mais il y a possibilité de passage à travers la peau et risque d'intolérance… peaux allergiques et sensibles s'abstenir ! L'encapsulation de ces filtres dans des microbilles leur permet de rester en surface et améliore leur tolérance.
* Quant aux écrans organiques (les Tinosorb), ils combinent une absorption et une réflexion des radiations UVA et UVB, leur pénétration cutanée est faible et leur application est agréable.
Quelle texture choisir ?
* Les crèmes, émulsions eau dans huile (E/H), sont recommandées pour protéger le visage. Riches et onctueuses, elles apportent à l'épiderme des éléments nutritifs et hydratants. Une texture idéale pour protéger du dessèchement l'épiderme mince et fragile des enfants.
* Les laits, émulsions huile dans eau (H/E), sont plus indiqués pour le corps. Grâce à leur texture fluide et non collante, ils s'étalent facilement.
* Les gels non gras s'appliquent facilement sans laisser de film gras sur la peau. Ils sont en général très appréciés des hommes et des sportifs mais n'ont pas toujours un indice de protection très élevé car la plupart des filtres sont solubles dans les huiles.
* Les huiles sont destinées à la protection du corps. De texture légère, elles évitent le dessèchement de l'épiderme mais certaines ne contiennent aucune protection solaire d'où l'intérêt de lire attentivement les étiquettes.
* Les sticks, petits et pratiques, ont l'avantage de s'utiliser en toutes circonstances sur les zones les plus fragiles et souvent oubliées (nez, lèvres, pommettes, oreilles).
L'après-soleil, une étape à ne pas négliger
Après l'exposition solaire, rien de meilleur qu'une bonne douche fraîche dont les premiers bienfaits sont d'abaisser la température du corps, de réhydrater la peau et de la débarrasser des produits solaires protecteurs. Passez ensuite à la deuxième étape dont l'objectif est triple : apaiser la sensation d'échauffement avec des actifs adoucissants et calmants ; réhydrater la peau pour reconstituer les réserves en eau de la couche cornée ; la nourrir avec des actifs restructurants et relipidants qui vont reconstituer le film lipidique protecteur de surface (huiles de germe de blé, de maïs, de jojoba, beurre de karité). Pour lutter contre l'action toxique des radicaux libres, donnez la préférence aux formules qui intègrent des antiradicalaires (vitamines antioxydantes E, C, bêtacarotène, sélénium, zinc).
Enfin, pour une mise en beauté, sublimez votre bronzage avec des cosmétiques riches en pigments réflecteurs de lumière : des huiles irisées, des gels nacrés satineront irrésistiblement vos épaules, votre décolleté, votre visage et même vos cheveux !
Christine Nicolet
Insolation et coup de chaleur
Laisser un enfant faire la sieste à l'ombre d'un parasol, c'est lui faire risquer l'hyperthermie – le parasol ne protège pas des UV ambiants ou réfléchis par le sol. De même, promener un enfant en début d'après-midi quand le soleil est au zénith (14 h en France) l'expose au coup de chaleur (insolation due aux infrarouges) et à la déshydratation. Le remède : donner régulièrement à boire à l'enfant et rafraîchir son corps. À savoir aussi : les nuages non plus ne dispensent pas d'une protection solaire : ils laissent passer plus de 80 % des ultraviolets.
Attention aux yeux
Comme la peau, l'œil reçoit toutes les radiations solaires. L'exposition du cristallin aux UV peut entraîner à la longue son opacification et son vieillissement prématuré. Les effets des UV étant cumulatifs,
le port de lunettes filtrantes est recommandé dès le plus jeune âge. Choisissez des lunettes avec des protections latérales et dont le pouvoir filtrant des verres est certifié.
Pour bronzer sans risque
* Évitez les expositions solaires
aux heures les plus chaudes
entre 12 et 16 heures et commencez
par des expositions progressives
en limitant le temps de votre bain
de soleil à deux heures.
* Renouvelez régulièrement l'application des produits solaires,
à peu près toutes les deux heures
et après chaque baignade. Appliquez
le produit sans parcimonie.
* Pensez à préparer votre peau
au soleil avec des compléments alimentaires spécifiques.
Ils préviennent le vieillissement
photo-induit (action antiradicalaire)
et la déshydratation cutanée.
* Surveillez vos grains de beauté (changement de forme, de diamètre,
de couleur).
* Si votre peau est intolérante ou très claire, trichez avec les autobronzants (en vous rappelant qu'ils ne protègent pas du soleil).
Source : Bien-être et Santé |