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Plantes toxiques, des beautés fatales

Thèmes Santé -> Environnement
publié le 07/06/2005

Pour repousser leurs agresseurs – animaux, champignons ou parasites – certaines plantes sécrètent des substances très toxiques – sans cette défense, nombre d’entre elles auraient disparu depuis longtemps ! Des substances qui peuvent nous être fatales. D’autres plantes, moins expéditives, se "contentent" d’occasionner céphalées, gastro-entérites, vertiges, si on les ingère ; cloques, dermites ou démangeaisons par simple contact. En fait, aucune plante n’est totalement inoffensive : le bouton-d’or, par exemple, qui émaille gaiement la prairie en été, brûle la langue et irrite le tube digestif si on s’avise de mâchonner sa tige.

Rappelons cependant à tous ceux qui seraient épouvantés par cet herbier du diable que les plantes les plus toxiques nous ont donné des médicaments très efficaces comme la morphine tirée du pavot, la digitaline, extraite de la digitale, qui régularise l’activité cardiaque, etc. Même la terrible belladone nous est utile : elle fournit l’atropine, couramment utilisée en ophtalmologie pour dilater les pupilles. Quant à l’if si mortifère, on lui doit deux puissants anticancéreux.

 

Une bande de tueuses

Au hit-parade des belles empoisonneuses, l’aconit, surnommé "casque de Jupiter" en raison de la forme particulière de ses fleurs, occupe une place de choix. Il contient des alcaloïdes très puissants qui attaquent le système nerveux – 3 g de sa racine suffisent à tuer un homme. On l’utilisait autrefois pour faire périr les criminels : au bout de dix minutes, ceux-ci ressentaient une anesthésie des lèvres et du pharynx, assortie d’une sensation de gonflement, de brûlure dans les pieds, de froid glacial dans tout le corps et finissaient par décéder de paralysie respiratoire. Plus majestueuse sur sa tige qui l’emmène jusqu’à deux mètres de haut, la digitale pourpre aux grappes de longues clochettes en forme de doigt – d’où son nom – renferme, elle, un violent poison pour le cœur. Toutes ses parties sont toxiques, y compris les fleurs : les abeilles ne s’y trompent pas qui évitent de les butiner (au contraire des bourdons qui en raffolent), ce dont se réjouiront les amateurs de miel. L’if aussi est entièrement toxique : feuilles, écorce, graine enfermée dans le fruit. Jadis, on évitait de garer les attelages à proximité car l’ingestion de quelques feuilles suffit à faire périr un cheval. Quant au colchique qui, à l’automne, tapisse joliment les près de ses fleurs roses et mauves, ce n’est pas sans raison qu’il tire son nom de la Colchidie, pays de Médée l’empoisonneuse. En bonne place également dans cet herbier mortifère, le ricin et le cytise : mâchouiller quelques graines est fatal aux enfants.

 

De belles baies si appétissantes…

Elles sont bien tentantes, ces baies qui illuminent les feuillages : on en mangerait ! Hélas pour les enfants qui en sont les premières victimes. Sertis par une collerette verte, les fruits noirs et luisants de la belladone – au goût sucré quoiqu’un peu écœurant – imitent cassis ou myrtilles. Or, cette "belle dame" est l’une de nos plantes les plus vénéneuses : deux à cinq baies suffisent à provoquer une intoxication mortelle chez l’enfant (dix chez l’adulte). Les symptômes : rougeur de la face, dilatation de la pupille, agitation, troubles cardiaques et neurologiques. Cette famille de solanacées comporte d’autres dangereux spécimens comme la morelle noire dont les fruits ressemblent à des petits pois noirs et luisants, la douce-amère aux baies ovoïdes rouge vif, la jusquiame noire… Autre plante qu’il vaut mieux éviter de goûter : l’arum tacheté. Ses fruits rouges, de la taille des petits pois et regroupés comme sur un épi de maïs, enflamment les muqueuses et provoquent d’épouvantables crampes d’estomac, assorties de vomissements et de graves troubles cardiaques. De même, seront uniquement à dévorer… des yeux, les baies du muguet, du houx, du gui, du troène, du fusain, du sceau-de-salomon, de la bryone ou du chèvrefeuille.

En prévention, apprenez aux enfants les dangers de la nature ; ne les laissez pas porter systématiquement à la bouche tout ce qu’ils trouvent ; pour leurs dînettes en plein air, donnez-leur de quoi remplir les petites assiettes : cela leur évitera de lorgner vers ces baies si joliment colorées ; et plus que jamais, imposez-leur de bien se laver les mains après la cueillette de bouquets champêtres.

 

Fausses jumelles mais vrais poisons

Le succès de la cuisine aux herbes et fleurs sauvages peut inciter à se lancer dans la cueillette des plantes des bois et des prairies pour concocter petits plats insolites ou apéritifs maison. Mais attention, n’est pas botaniste qui veut : certaines méprises peuvent avoir une issue dramatique… Le vératre blanc et la grande gentiane jaune se ressemblent énormément, surtout au printemps lorsque les fleurs ne sont pas encore sorties. Mais alors que la racine de la gentiane fournit une liqueur digestive, celle du vératre est éminemment mortelle avec ses 18 alcaloïdes : au xixe siècle, un village des Alpes fut pratiquement décimé par un apéritif au vératre servi lors d’une fête. Pourtant, il existe un moyen de les distinguer : les feuilles de la gentiane sont opposées deux par deux sur la tige alors que celles du vératre s’étagent en alternance.

On veillera donc à ne pas remplir son panier avec n’importe quoi. La racine de la redoutable œnanthe safranée – le "persil laiteux" – ressemble à celle de la carotte sauvage, celle de l’aconit au navet ; les feuilles de la ciguë – qui fut fatale à Socrate – au cerfeuil ; les jeunes plants du datura (qui provoque hallucinations et troubles psychiques) aux épinards. Et on évitera de confondre le laurier-rose avec son cousin le laurier-sauce, sous peine de trépas : une seule feuille suffit… Si vous éprouvez un doute quelconque sur votre récolte, n’hésitez pas à la montrer à votre pharmacien : la botanique est au programme de quatre années de son cursus.

 

Plantes d’appartement : pas toujours anodines !

Philodendron, ficus et surtout dieffenbachia ont une sève très toxique qui provoque brûlures et œdèmes des muqueuses, graves troubles digestifs et respiratoires, voire pour le dieffenbachia d’irréversibles lésions oculaires si l’on se frotte les yeux. La sève laiteuse du poinsettia irrite, elle aussi, très fortement les yeux. Méfiez-vous également de l’hellébore noir, dit rose de Noël : il appartient à la même famille que le vératre et se montre redoutable lorsqu’il entre en contact avec une blessure. Goûter aux fruits rouges ou jaunes du pommier d’amour tout comme sucer un brin de muguet ou boire l’eau dans lequel il a séjourné est très mauvais pour le cœur… Si vous avez de jeunes enfants, il vaut donc mieux bannir toutes ces plantes ou les tenir hors de leur portée. Dernier conseil : à la maison comme au jardin, portez des gants pour vous occuper de vos plantes et ne vous frottez pas le visage.

 

Evelyne da Silva

 

Intoxication : réagissez vite !

Maux de tête, bouche sèche, ballonnements, nausées, diarrhées, mais aussi rires spasmodiques ou abattement, sensation d’étouffement et accélération du pouls signalent souvent le début d’une intoxication.

- Ce qu’il faut faire…

1. Identifier la plante qui a été touchée ou consommée et conserver quelques échantillons dans un sac plastique pour les montrer au médecin.

2. Essayer de savoir comment le végétal a été consommé (avalé tout rond, mâchouillé, croqué) et la quantité absorbée : cela a une incidence sur la vitesse d’assimilation du poison.

3. Appeler sans tarder le centre antipoison le plus proche ou composez le 15

et suivre à la lettre les instructions données.

- … Et ne pas faire !

1. Donner à boire du lait ou de l’eau est une très mauvaise idée : cela accélère

la pénétration des toxines.

2. Chercher à faire vomir est aussi dangereux : en remontant, les particules toxiques risquent de causer encore plus de dégâts au tube digestif.

3. Se rassurer trop vite : certains poisons mettent du temps à agir.

 

Source : Bien-ëtre et Santé

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