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Otite : les enfants ont vraiment très mal !

Thèmes Santé -> Enfant
publié le 09/02/2006
Difficile d’évaluer et de prendre en charge la douleur

L’évaluation et la prise en charge de la douleur font désormais l’objet de multiples études et travaux. Toutefois, les données utilisées sont essentiellement hospitalières. C’est ainsi qu’on connaît encore très peu de choses sur la douleur générée par les pathologies les plus fréquentes, telles que les otites, les angines ou les pharyngites. Une étude dénommée Gavroche, menée en médecine de ville cette fois-ci, apporte des informations très intéressantes.

L’otite génère une douleur intense

Plus de 2.700 enfants âgés de 1 à 8 ans (5 ans en moyenne) ont été recrutés lors d’une consultation chez un médecin généraliste ou un pédiatre pour une otite moyenne aiguë. L’intensité de la douleur a été évaluée une première fois à cette occasion, à l’aide d’échelles adaptées à l’âge des enfants. Elle a ainsi été cotée à 6 en moyenne. Selon les recommandations de l’Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé (Anaes), il s’agit d’une douleur intense (inférieur à 3 : douleur faible ; entre 3 et 5 : douleur moyenne ; entre 5 et 7 : douleur intense ; au-dessus de 7 : douleur très intense). Et ce, malgré le traitement anti-douleur donné par les parents juste avant la visite médicale (83% des cas). Cette automédication était un antalgique classique (dit de palier 1, de faible puissance) dans 99% des cas : paracétamol (76%), anti-inflammatoire non stéroïdien faiblement dosé (30%), aspirine (6,5%). En plus de la douleur, les enfants présentaient d’autres signes : de la fièvre (67%), des troubles du sommeil (42%), des maux de tête (34%) et de l’anorexie (29%).

Quelle a été la prescription des médecins ?

Similaire à celle des parents. De toute évidence, la douleur a été sous-diagnostiquée car les médecins ont largement prescrit des antalgiques de palier 1, donc peu puissants, dans 88% des cas. Ils n’ont donné un antalgique de palier 2 que dans 5% des cas.

L’intensité de la douleur a ensuite été réévaluée quotidiennement durant les trois jours de traitement suivants. Après au moins deux prises d’antalgique, les enfants souffraient encore de douleurs intenses (67% des moins de 5 ans et 74% des plus âgés). Au deuxième jour, les douleurs ont diminué de moitié, pour disparaître au troisième. Les troubles du sommeil et l’anorexie avaient également cédé, tandis que les activités de jeux avaient repris.


Trois conclusions

Ces pathologies fréquentes et bénignes, que sont par exemple les otites et les angines, font réellement et intensément souffrir les enfants. Il est essentiel de traiter cette douleur.
Inversement, celle-ci est largement sous-estimée, tant par les parents que par les médecins. C'est ainsi que sa prise en charge est largement insuffisante.
Enfin, les recommandations de l'Anaes ne sont pas appliquées, lesquelles préconisent un anti-douleur puissant en cas de douleur intense, soit un antalgique de palier 2, ou une association de paracétamol et d'un anti-inflammatoire non stéroïdien (particulièrement l'ibuprofène).

Un enfant qui dit avoir mal doit être pris au sérieux. Aussi, il est essentiel d'évaluer l'intensité de sa douleur afin de lui administrer le traitement adapté, c'est-à-dire celui qui sera capable de la faire céder le plus rapidement possible.



30/01/2006
Isabelle Eustache

Etude Gavroche coordonnée par le Pr Pierre Narcy, hôpital Robert Debré, Paris.




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