MST : oser en parler L'été et les vacances sont des périodes favorables à l'expression de la sexualité et à l'acquisition de nouvelles expériences. Directement exposé en première ligne : l'adolescent. D'où la nécessité absolue de dialoguer et d'expliquer le pourquoi d'une protection.
Une recrudescence épidémique Triste constat des données épidémiologiques récentes : une nette recrudescence occidentale de toutes les maladies sexuellement transmissibles... y compris du sida. Cette reprise de l'augmentation est probablement secondaire à trois types de phénomènes. - La banalisation du sida. Les nouveaux traitements antiviraux et les trithérapies ont permis d'allonger considérablement l'espérance de vie des patients séropositifs. La maladie s'est "chronicisée" ; on ne meurt plus du sida, ou du moins pas de façon aussi spectaculaire et dramatique que dans les années 1980-1990. D'où le moindre retentissement des messages de prévention. - La possibilité de se faire prescrire en urgence un traitement antiviral "préventif" en cas de suspicion de contamination par le VIH (rapport sexuel à risque, exposition à du sang potentiellement contaminé). Là aussi, la confusion règne : ce traitement n'empêche pas formellement la contamination, il en diminue simplement la probabilité. - Conséquence des deux phénomènes précédents : un moindre recours au préservatif, chez les homosexuels comme chez les hétérosexuels. À tout ceci s'ajoute, chez l'adolescent, une plus faible écoute des messages de prévention : nous ne sommes plus dans les années "terreur" du sida, d'où un moindre impact des slogans de prévention. Or, le message reste malgré tout le même : le sida est toujours présent, on ne sait toujours pas le guérir et on finit toujours, à plus ou moins long terme, par en mourir ! Cet abandon du préservatif a pour conséquence une recrudescence spectaculaire de toutes les maladies sexuellement transmissibles, y compris (mais pas seulement) du sida. Si la plupart d'entre elles sont curables, certaines évoluent de façon silencieuse, et ne sont malheureusement diagnostiquées qu'au stade des complications.
Adolescence et sexualité L'adolescence est une période difficile. Le jeune homme ou la jeune fille doivent apprivoiser ce corps qui se transforme et, parallèlement, apprendre à assumer de façon responsable et adulte leur sexualité, le tout sur fond de timidité, pudeur ou crainte de "passer pour un(e) idiot(e)". Souvent l'adolescent préfère s'adresser à ses amis plutôt qu'à ses parents ; il a peur de subir en retour un interrogatoire en règle et de se sentir alors comme un enfant pris en faute alors qu'il revendique déjà une sexualité d'adulte. Les parents ne doivent surtout pas le laisser se débrouiller seul : les nouvelles générations se démarquent des précédentes (celles de la "capote systématique") par la banalisation et la dédramatisation du sida. La bonne attitude : se montrer ouvert et compréhensif ; solliciter si besoin un tiers, adulte aussi, mais avec lequel l'ado entretient plutôt une relation s'apparentant à l'amitié (oncle, tante, parrain, cousin, grande sœur...). Lui faire sentir enfin qu'il n'y a aucun sujet tabou, qu'il s'agisse de la sexualité, des modes d'utilisation du préservatif, des MST... Ne pas attendre qu'il pose des questions, plutôt aller au-devant de lui. La préparation des vacances peut donner l'occasion d'aborder le problème, la période estivale étant particulièrement favorable aux nouvelles expériences...
Il existe des traitements... Seules les infections bactériennes (syphilis, gonococcie et infections génitales à Chlamydia trachomatis) sont sensibles aux antibiotiques. Encore faut-il les dépister et les traiter précocement pour éviter les complications. Pour ce qui est des infections virales, seul l'herpès génital bénéficie d'un traitement. L'hépatite B s'accompagne d'un risque non négligeable d'hépatite chronique, cirrhose et cancer du foie. Les condylomes sont difficiles à soigner et souvent associés à des infections virales oncogènes, responsables de cancers du col de l'utérus. Quant au sida, on n'en guérit toujours pas !
...mais la prévention reste essentielle Les traitements ne sont efficaces que dans certains cas. La prévention reste donc capitale. En dehors de la vaccination contre l'hépatite B, la seule façon de se prémunir efficacement des MST reste encore et toujours le port du préservatif. Celui doit être porté dans tous les modes de rapports sexuels, y compris lors des fellations : le chancre syphilitique de l'amygdale, le portage du gonocoque au niveau de la gorge ou une transmission du sida par fellation non protégée sont loin d'être exceptionnels.
Penser aux MST associées... et aux partenaires Ces maladies sont souvent associées entre elles. C'est pourquoi un dépistage des autres maladies est toujours proposé à une personne qui consulte pour une MST précise. L'adolescent atteint doit comprendre que ce n'est pas pour le punir ou l'humilier ; il s'agit d'une mesure de précaution pour éviter de passer à côté d'une autre pathologie qui, négligée, peut évoluer à bas bruit et ne se révéler qu'au moment des complications. Il doit accepter aussi de prévenir ses partenaires et les inciter à consulter, pour leur éviter ces complications mais aussi pour limiter la transmission de la MST ; il ne s'agit pas de délation mais d'un comportement de responsabilité et de protection vis-à-vis de ses partenaires.
Dr Daniel Le Courtois
Petit catalogue des MST
- La syphilis Les lésions les plus contagieuses sont le chancre et les plaques muqueuses de la syphilis secondaire. Le diagnostic doit être évoqué devant toute ulcération génitale, anale ou buccale, quel que soit son type. - La gonococcie Provoquant des écoulements douloureux chez l'homme ("chaude-pisse") et souvent muette chez la femme, elle est, elle aussi, en constante augmentation. Le portage pharyngé de gonocoque par des personnes qui ne se savent pas contaminées est loin d'être l'exception, avec un risque de transmission lors de fellations non protégées. - Les infections génitales à Chlamydia trachomatis Elles sont particulièrement traîtresses car souvent asymptomatiques, avec un risque majeur d'évolution à bas bruit vers des complications gravissimes. Ce germe est la première cause d'urétrite masculine et d'orchi-épididymite du jeune homme, mais aussi de salpingite et de stérilité tubaire chez la femme ; 2 à 5 % des adolescents et jeunes adultes sexuellement actifs seraient infectés. - L'herpès génital Il est surtout dû au virus HSV2, dont les récurrences occasionnent une gêne fonctionnelle majeure et un risque de contamination des partenaires (à la fois pendant et en dehors des poussées). - Les condylomes ou crêtes de coq Dus aux Human papillomavirus (HPV), localisés aux parties génitales, ils provoquent une gêne fonctionnelle majeure. Ils sont hautement contagieux, difficiles à traiter et souvent associés à des infections à HPV oncogènes, responsables de cancers du col de l'utérus. - L'hépatite B Elle s'accompagne d'un risque à long terme d'hépatite chronique et de cancer du foie. La voie sexuelle est le mode de transmission prédominant. C'est la seule MST pour laquelle on dispose d'un vaccin. - L'infection par le VIH La transmission sexuelle est, là aussi, le mode de transmission prédominant d'une infection dont il est inutile de souligner la gravité.
Source : Bien-être et Santé |