Malgré les campagnes de sensibilisation et les progrès des traitements, les maladies cardiovasculaires représentent encore la première cause de mortalité en France – devant les cancers – avec 165 000 morts par an. Soit plus du tiers des décès… et 40 000 d’entre eux environ sont dus à un infarctus ou à une séquelle d’infarctus. L’équivalent d’une ville… Au total, quelque 120 000 nouveaux cas d’infarctus du myocarde sont recensés chaque année. La majorité des survivants récupèrent bien – en particulier ceux qui ont été pris en charge tôt – mais les autres restent handicapés par une angine de poitrine, une insuffisance cardiaque, une atteinte des valves ou des troubles du rythme cardiaque. Même si les risques augmentent avec le vieillissement, les infarctus ne concernent pas seulement les personnes âgées : 40 % surviennent chez des moins de 65 ans. On peut mourir d’un infarctus à 50 ans et même – à cause du tabac – à 40 ans ou avant… Des hommes en majorité mais aussi de plus en plus de femmes.
Dépister l’hypertension… Comme le rappelle constamment la Fédération française de cardiologie, "les quatre bourreaux du cœur" sont le cholestérol (exactement l’excès de cholestérol), l’hypertension artérielle, le tabac et la sédentarité. Des bourreaux contre lesquels on peut se défendre… à condition de le vouloir. Il faut y mettre du sien : s’arrêter de fumer, "se bouger", ne pas grossir ou perdre des kilos, manger équilibré… ce n’est pas toujours facile ! Il faut aussi traquer certains de ces facteurs de risque pour les faire régresser. L’hypertension artérielle, par exemple, est un "tueur silencieux", comme disent les Américains. Un hypertendu a rarement de symptômes (maux de tête le matin, impressions de mouches volantes, bourdonnements d’oreille…) et ne se sent pas malade.
Pourtant, les conséquences peuvent être redoutables : une tension artérielle trop élevée ou mal contrôlée augmente à long terme le risque de faire un infarctus, de l’angine de poitrine (angor), mais aussi, et surtout, un accident vasculaire cérébral et, à long terme, une démence sénile. D’où l’utilité de se faire prendre la tension par son médecin ou de la prendre chez son pharmacien ou encore chez soi avec un appareil d’automesure après un quart d’heure de repos**. Si les chiffres sont trop élevés (à plusieurs reprises), il faut réagir. Attention, ne la contrôlez pas une fois pour toutes mais régulièrement : vous pouvez être "normotendu" aujourd’hui et hypertendu dans quelques mois.
Et l’excès de cholestérol Il en va de même pour le cholestérol en excès qui se dépose sur la paroi des artères, notamment celles du cœur (les coronaires), et forme des plaques graisseuses (athérome) qui s’épaississent au fil des ans. Résultat : le calibre des artères se réduit, le sang qui transporte l’oxygène circule de plus en plus mal, d’où l’angine de poitrine. Si la plaque déchire la couche interne de l’artère, un caillot se forme, obstrue complètement l’artère et provoque un infarctus. 9 millions de Français sont concernés par une hypercholestérolémie élevée, responsable de 25 à 30 % des atteintes cardiaques. Mais beaucoup ignorent qu’ils sont en danger. Seule une analyse de sang permet de connaître son taux de cholestérol. Comme le régime alimentaire actuel (trop riche en "mauvaises" graisses d'origine animale) en favorise l’excès, il est sage de faire périodiquement un contrôle biologique. Tous les 2 ans en moyenne après l’âge de 40 ans.
Outre les taux de cholestérol total, de LDL-cholestérol (le "mauvais") et de HDL-cholestérol (le "bon"), le bilan lipidique, prescrit par le médecin, indique le taux de triglycérides. C’est-à-dire le taux d’une autre catégorie de graisses dont l’augmentation dans le sang constitue également un facteur de risque d’athérome, moins important que le cholestérol, mais qu’il faut tout de même rechercher et traiter. Il est tout aussi important de dépister précocement un diabète pour le traiter et éviter ainsi l’apparition insidieuse de l’athérosclérose – autre nom de l’athérome. Certains signes peuvent faire penser au diabète : soif intense, urines abondantes, fatigue anormale. Mais la maladie peut être là sans provoquer aucun signe. Si vous ne connaissez pas votre taux de glucose (sucre) à jeun, parlez-en à votre médecin. Là encore, un dosage biologique est conseillé à partir de 40 ans, tous les 2 ans. Il est indispensable en cas d’excès de poids.
Excès de sel Concrètement, que faire si vous avez de l’hypertension ? Certaines règles hygiéno-diététiques peuvent suffire à l’équilibrer, ça vaut la peine d’essayer dans un premier temps, surtout si elle est limite. Par exemple, réduisez votre consommation de sel à 6-7 g/jour (au lieu des 10-12 consommés en moyenne en France). Attention aux eaux minérales très salées comme Saint-Yorre, Arvie, Vals ou Vichy-Célestins (1 300 mg de sodium par litre contre 5 mg pour Evian !). Diminuez nettement charcuteries, conserves, chips, cacahuètes, gâteaux secs pour l’apéritif, sauces toutes prêtes, plats préparés ou surgelés, souvent riches en sodium. Méfiez-vous des biscuits sucrés, des soupes, des céréales et des boissons sucrées gazeuses qui contiennent du sel "caché". Ne mettez pas de salière sur la table pour ne pas être tenté de resaler. Et bien sûr contrôlez votre poids ; comme le cholestérol et le diabète, la tension artérielle diminue avec la perte de poids. Faites du sport ou de l’exercice : une activité physique régulière aide également à réguler la tension. Mais si ces mesures ne suffisent pas à la faire revenir à la normale, il faudra prendre – tous les jours impérativement – le ou les médicaments antihypertenseurs prescrits par votre médecin. Une bonne hygiène de vie reste malgré tout indispensable.
Les nourritures du cœur Si vous avez trop de cholestérol, votre régime alimentaire a – évidemment – beaucoup d’importance et doit être d’autant plus sévère que votre taux est élevé. Limitez (sans supprimer) les matières grasses, surtout les graisses saturées d’origine animale – viandes et produits lactés crus et non fermentés tels que le beurre et la crème fraîche – ou de friture. Bannissez les morceaux gras de viande, les charcuteries grasses (rillettes, pâtés, saucisses, saucisson…) et les plats en sauce. Pas de cuisine au beurre ou à la crème. Supprimez le lard, la cervelle et limitez les abats. Préférez la volaille et le lapin au porc ou au bœuf. Évitez les aliments contenant de l’huile de palme, de coprah ou des huiles hydrogénées – en grandes quantités dans les viennoiseries et les pâtisseries à base de pâte feuilletée. Limitez les œufs et les préparations à base d’œufs (pas plus de 2 par semaine au total). Attention aux pâtisseries industrielles qui contiennent non seulement du beurre concentré et des œufs en poudre mais aussi de la poudre de lait entier et de la crème… Doucement sur les crèmes glacées et les crèmes dessert (sauf à 0 %), le lait entier et les fromages, surtout à pâte cuite. Le plus simple est d’adopter le régime méditerranéen : beaucoup de fruits et légumes, du poisson (2 ou 3 fois par semaine), peu de viande, de l’huile d’olive, un peu de fromage (de chèvre moins gras) et de vin rouge (cardioprotecteur à raison de 1 à 2 verres par jour). Alternez cependant les huiles : olive et colza sont riches en acides gras monoinsaturés qui abaissent le "mauvais" cholestérol ; colza ou noix apportent des acides gras polyinsaturés dont les fameux oméga 3. Pour les oméga 3 justement, préférez comme poissons : maquereau, hareng, sardine, saumon, flétan, thon et haddock. "Les oméga 3 sont notamment anti-arythmiques et diminuent le risque de mort subite", explique le Pr Broustet. "Mais le poisson est cher et on ne le trouve pas partout. Il faut savoir qu’on trouve aussi des oméga 3 dans les légumes à feuilles plates comme la mâche." En fait, ce régime est bon pour votre santé et votre cœur, que vous ayez du cholestérol ou pas…
Perdre du poids L’excès de poids favorise les dyslipidémies, c’est-à-dire les déséquilibres entre "bonnes" graisses (protectrices) et "mauvaises" graisses qui endommagent les artères. Il augmente aussi le risque de devenir diabétique qui constitue en soi un facteur de risque cardiovasculaire important. Par ailleurs, l’obésité fait travailler davantage la pompe cardiaque et la fatigue. Bref, pour avoir un cœur en bon état de marche, mieux vaut ne pas être gros… Ne cherchez pas à maigrir rapidement par un régime drastique, vous reprendriez vos kilos plus vite encore dès la reprise d’une alimentation normale. Pour que la perte de poids soit bénéfique au plan cardiovasculaire, elle doit être durable. Le plus important : faites le deuil des aliments les plus gras (les lipides sont presque deux fois plus caloriques que les glucides et les protides), ne sautez pas de repas, prenez des portions plus petites, mangez varié et équilibré, buvez davantage. Pas plus de 1 000 à 1 200 calories par jour pour les femmes et 1 600 à 1 800 pour les hommes. Et surtout rappelez-vous que l’exercice physique est indispensable pour entretenir le muscle cardiaque et lutter contre le surpoids.
Tabac : l’ennemi n° 1 Autre mesure de prévention, essentielle s’il en est : arrêter de fumer. Le tabac est en effet le pire ennemi du cœur : il favorise l’athérosclérose, agit sur les plaquettes sanguines et diminue le calibre des coronaires. La cigarette est responsable de la grande majorité des "pépins" cardiaques chez les moins de 60 ans. Heureusement, ce risque commence à diminuer dès le premier jour sans tabac. Il faut toutefois 2 ans pour que le "sur-risque" d’infarctus disparaisse. Après une crise cardiaque, l’arrêt est encore plus "rentable" : il diminue de 50 % le risque de récidive et ce dès la première année. Il n’y a pas de méthode miracle, tous les moyens sont bons pour venir à bout de la dépendance psychique et physique : patchs de nicotine à coller sur la peau, gommes à mâcher à la nicotine, médicament, acupuncture, homéopathie, relaxation, psychothérapie, thalassothérapie… Quand la motivation est forte, le fumeur peut y arriver tout seul et d’un coup, mais beaucoup ont besoin d’aide et de soutien.
Evelyne Gogien
* Université de Bordeaux, Fédération française de cardiologie. ** La liste des appareils agréés par l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments et des produits de santé est disponible sur Internet www.automesure.com ou www.comitehta.org (site du Comité français de lutte contre l’hypertension artérielle).
La Fédération française de cardiologie 27 associations régionales, 170 clubs "Cœur et Santé", 4 500 bénévoles… la Fédération française de cardiologie*, reconnue d’utilité publique depuis 1977, fonctionne grâce à la générosité du public (dons et legs). Ses objectifs : informer pour prévenir, aider les cardiaques à se réadapter, apprendre les gestes qui sauvent, mais aussi financer la recherche. Animée bénévolement par 300 cardiologues, elle organise une fois par an "les Parcours du cœur" et participe activement à la "Semaine du cœur". Dernière manifestation en date – en septembre dernier : les "40 heures pour le cœur" au stade Charléty (Paris), soutenue par des sportifs connus. Elle réalise aussi des campagnes d’information et diffuse brochures et dépliants. Une revue "Cœur et Santé" permet de se tenir informé des derniers progrès. On peut aussi poser des questions par l’intermédiaire d’un serveur vocal : 08 92 68 15 18 (0,34 € la minute) ou sur Internet www.fedecardio.com * 50 rue du Rocher 75008 Paris, tél. 01 44 90 83 83.
Les chiffres à connaître * Tension artérielle (en millimètres de mercure ou mm Hg) -tension normale : 130/80 -hypertension : > 140/90 -hypertension élevée : > 160/95 * Cholestérol - cholestérol total taux normal < 2 g/l taux limite entre 2 et 2,5 g/l taux élevé > 2,5 g/l - LDL-cholestérol (le "mauvais") taux normal < 1,6 g/l - HDL-cholestérol (le "bon") taux normal > 0,4 g/l (homme) et > 0,5 g/l (femme) - triglycérides taux normal < 1,6 g/l Ces chiffres définissent la normalité, mais doivent toujours être interprétés en fontion du contexte. * Glucose sanguin chiffre normal à jeun < 1,26 g/l * Poids Une formule simple permet de calculer le poids recommandé (P en kg) en fonction de sa taille (T en cm) : - pour les femmes, P = T-100 - (T-150)/2 Vous pesez 65 kg pour 170 cm, votre poids recommandé est de : 170 - 100 - (170 - 150)/2, soit 70 - 10 = 60 kg - pour les hommes, P = T-100 -(T-150)/4 Vous pesez 65 kg pour 170 cm, votre poids recommandé est de : 170 - 100 - (170-150)/4, soit 70 - 5 = 65 kg
L’indice de masse corporelle (ou IMC) permet aussi de savoir où l’on se situe : IMC = poids (kg)/ taille au carré (m2) Vous pesez 65 kg pour 1,70 m, votre IMC est de 65/(1,70 x 1,70) = 22,5 Entre 19 et 25, votre poids est normal, de 25 à 30, vous êtes en surpoids ; au-delà, c’est de l’obésité…
Un bilan avant de reprendre le sport Que ce soit avant ou après un infarctus, la sédentarité multiplie par 1,5 à 2 le risque d’accident cardiovasculaire. L’exercice physique est essentiel pour entretenir le muscle cardiaque et combat en même temps deux facteurs de risque supplémentaires : le cholestérol et le surpoids. Mais l’activité doit être adaptée aux capacités physiques de chacun. Un bilan est donc conseillé à ceux qui veulent faire ou refaire du sport. "Les fumeurs, par exemple, qui ont 20 ou 30 ans d’années-tabac à leur actif sont à haut risque, même s’ils sont apparemment en bonne santé. Un examen Doppler des artères s’impose, de même que la recherche d’un excès de cholestérol ou d’un diabète sournois… Une épreuve d’effort (à l’hôpital ou en clinique) est également nécessaire, sachant tout de même qu’elle ne "filtre" pas tout et que l’électrocardiogramme ne commence à "parler" qu’en cas de rétrécissement important des artères (50 % au moins). Si elle est normale, il faudra en refaire une dans 4-5 ans. En cas de doute, une coronarographie est indispensable avant de reprendre le sport", explique le Pr Jean-Paul Broustet. Quels sports conseiller ? "Des sports d’endurance. Selon ses préférences, la course à pied, le vélo (à un rythme soutenu), la randonnée, le ski de fond, la natation (à condition de faire des longueurs 3/4 d’heure à 1 heure d’affilée). La marche, en revanche, est insuffisante… Il faut être prudent si l’on manque de muscles. Dans ce cas, il faut commencer par faire de la musculation, justement ce qui est le plus fastidieux quand on n’aime pas le sport… C’est la régularité qui compte", insiste le Pr Broustet. Pour agir sur le cœur et le souffle, il faut pratiquer au moins 3/4 d’heure 3 fois par semaine. Pas facile quand on travaille et qu’on a une famille… "Il est absurde de faire du jogging à 6 h du matin, il faut que le sport s’insère naturellement dans sa vie quotidienne… À l’heure du repas, on dispose en général d’une heure à une heure et demie. Au lieu de rester assis dans un self à manger n’importe quoi, mieux vaut aller courir ou dans la salle de sport voisine… Si l’on a pris un bon petit déjeuner, une pomme et un yaourt suffisent. Et la soirée en famille n’est pas amputée…", rétorque le Pr Broustet.
Les gestes qui sauvent * Si un parent, un ami, un collègue de travail a un malaise, c’est peut-être un problème cardiaque. Dans le doute, faites le 15 (Samu), le 18 (Pompiers) ou le 112 (numéro d’urgence européen). * Si vous-même ressentez une douleur au thorax (en étau ou crampe), appelez les urgences – même si la douleur s’arrête car elle reprendra. Si elle se prolonge, irradie vers la gorge, les mâchoires, l’épaule, le(s) bras, parfois le(s) poignet(s) et s’accompagne – ce n’est pas systématique – de sueurs, d’une difficulté à respirer, de palpitations ou de nausées, ne vous posez pas de questions. Il faut aller vite. À noter, les symptômes présentés par les femmes sont moins parlants et peuvent évoquer un mal de dos ou des troubles digestifs… * Dans tous les cas, il est préférable de rester sur place et d’attendre les secours plutôt que de se précipiter aux urgences de l’hôpital car les délais de prise en charge risquent d’être plus longs. * Quelle que soit l’heure, un professionnel de l’urgence prendra l’appel. Répondez calmement, de façon brève et précise, aux questions posées. Suivez les indications et ne raccrochez jamais le premier et surtout sans avoir donné votre adresse précise. * En attendant l’équipe d’urgence, allongez-vous. Si vous êtes à risque d’infarctus et que vous avez de la trinitrine (spray ou comprimé à mettre sous la langue), essayez-la. En revanche, si vous êtes témoin d’un malaise, n’en donnez pas à la personne. Allongez-la en surélevant ses jambes à l’aide d’oreillers. Si elle est inconsciente et ne respire pas, commencez les manœuvres de réanimation (bouche-à-bouche et massage cardiaque)*. * On parle de plus en plus des défibrillateurs. Ces appareils permettent de sauver des vies en rétablissant le rythme normal du cœur en cas de fibrillation, c’est-à-dire quand celui-ci se met à battre rapidement, de façon totalement désordonnée et inefficace. Mais en France, ils sont très rares dans les lieux publics. Il faut aussi savoir s’en servir.
Pour apprendre, renseignez-vous auprès de la Croix-Rouge française, tél. 01 44 43 11 00 ou www.croix-rouge.fr ou d’autres organismes de secourisme (Pompiers, Protection civile…).