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Enfant maladroit : et si c'était la dyspraxie ?

Thèmes Santé -> Enfant
publié le 14/10/2008
Qu’est-ce que la dyspraxie ?
Ses parents ont l'impression qu'il ne fait aucun effort pour bien se comporter. Pourtant, Benjamin n'est pas, en réalité, un enfant qui n'écoute pas et qui se fiche de ce que pensent les autres. Benjamin est dyspraxique. Qu'est-ce que cela signifie vraiment ? Hervé Glasel*, neuropsychologue et spécialiste du développement de l'enfant et de l'adolescent, nous explique clairement ce qui est un peu compliqué !

La dyspraxie est un trouble du développement, une difficulté à acquérir un comportement qui est normalement présent chez les personnes du même âge. Ce comportement difficile à acquérir, c'est celui des gestes, et particulièrement de la motricité fine.

Benjamin n'a pas eu de mal à apprendre à marcher, ni plus tard, à nager. Car c'est au niveau des gestes plus fins qu'il est en difficulté. Pourquoi ? C'est que s'il comprend très bien ce qu'il faudrait faire, son esprit n'arrive pas à commander son corps de manière bien coordonnée.

En effet, quand vous réalisez un geste, il s'agit d'une suite de mouvements programmés. Vous devez commencer par apprendre ce geste puis l'intégrer dans votre répertoire mental de manière quasi-automatique. À ce moment-là, vous n'avez plus besoin de penser à ce mouvement, puisqu'un pilote automatique interne le fait à votre place.
Prenons un exemple : se servir de baguettes chinoises, ce n'est pas facile au début. Cela s'apprend. Si vous les utilisez souvent, vous finissez par connaître ce geste et vous pouvez manger tranquillement, sans penser à tous les mouvements que vous êtes en train de coordonner. Le problème de l'enfant dyspraxique, c'est que, même s'il comprend, même s'il est capable de le faire, il ne parvient pas à rendre cet apprentissage automatique. Son cerveau a un problème à intégrer cela. Pour avoir des gestes fluides, il faudrait qu'il soit sans cesse dans le contrôle, qu'il y pense en continu, ce qui est impossible. Aussi pour s'habiller, il faudrait qu'il pense : « Je commence par mettre mes vêtements à l'endroit, dans le bon sens, puis j'enfile ma tête dans l'ouverture du pull, puis je mets une main dans la première manche… » Il se trouve chaque matin comme si c'était la première fois qu'il devait faire ce mouvement, quand les autres s'habillent sans y penser en passant déjà en revue dans leur tête le programme de la journée.

Du coup, cet enfant est ralenti dans beaucoup de domaines, même si son intelligence est tout à fait normale. Il n'aime pas les jeux de construction comme le Lego, le Meccano, car il est totalement malhabile en ce domaine. Empiler les cubes, ce n'est pas sa tasse de thé.


Un enfant dyspraxique est maladroit, et alors, ce n’est pas si gênant ?
Et bien si, c'est très gênant car le geste qui va finir par poser un problème crucial, c'est celui de l'écriture. En maternelle, les dessins de Benjamin étaient déjà très brouillons par rapport à ceux des enfants de sa classe. Mais son écriture est une catastrophe. Il n'arrive pas à rendre automatique le geste qui permet d'écrire. Cet aspect de la dyspraxie s'appelle une dysgraphie. Benjamin aura aussi des difficultés en géométrie, car, s'il comprend très bien les concepts, il a du mal à tenir une règle, un compas, un crayon et à inscrire ce qu'il comprend dans l'espace.
Le résultat, c'est que Benjamin, brillant à l'oral, avec une importante capacité d'abstraction, est un mauvais élève parce qu'il ne parvient pas à s'exprimer par écrit à cause de cette barrière dans l'expression corporelle.


Pourquoi faut-il dépister les dyspraxies ?
Tout d'abord pour ne pas accabler un enfant de reproches alors qu'il est le premier à souffrir d'un problème qu'il ne comprend pas. C'est aussi utile pour réagir en conséquence et ne pas aggraver son problème.

C'est pourtant ce qui s'est produit au début pour Benjamin. Apprendre à écrire, s'appliquer en continu pour un résultat très faible, cela lui coûtait une énergie folle en concentration. Or, ses parents ont tenté de lui faire écrire des lignes à la maison pour qu'il s'applique et s'améliore. C'est exactement l'inverse de ce qui pouvait l'aider. En effet, un enfant dyspraxique ne peut pas acquérir un automatisme par l'entraînement. Son cerveau n'a pas cette capacité, alors le faire écrire pendant des heures le fait souffrir, mais en aucun cas progresser. À partir du moment où les parents et les enseignants ont compris sa difficulté, ils vont le soutenir, et non lui tenir la tête sous l'eau !


L’enfant dyspraxique jusqu’à 10 ans environ
Avant 10 ans, le cerveau est encore très plastique. On va donc chercher à entraîner l'enfant en psychomotricité pour tirer partie le plus possible de la faculté d'adaptation du cerveau et parvenir ainsi au maximum des capacités de cet enfant. Mais quand on arrive à un plateau, quand aucune progression ne se fait plus, on fait tout ce qui est possible pour aider l'enfant à contourner ses difficultés. Un point essentiel est de ne pas s'acharner pour lui faire faire des choses qu'il est incapable de faire. Si par exemple, il n'arrive pas à s'habiller, il vaut mieux l'aider.


Après 10 ans, on s’engage sur des stratégies de contournement
Une solution étonnante quand l'écriture pose un énorme problème, c'est d'apprendre aux enfants dyspraxiques à écrire à la machine. Cela paraît contradictoire puisqu'il s'agit ici encore de mouvements fins à automatiser ; mais pour eux, même si cela se révèle plus difficile que pour d'autres enfants, une fois passé le cap, cela leur permet enfin de s'exprimer à l'écrit, et beaucoup plus facilement qu'avec une écriture manuelle. Quand la dysgraphie est sévère, on peut apprendre à taper à la machine à un enfant dès le CE2.
Un point essentiel pour aider ces enfants est de comprendre que cela ne sert à rien de leur montrer comment il faut faire. « Regarde comment je fais et imite-moi », pour eux, c'est du chinois. Ces enfants ont besoin de passer par le langage. Ils comprennent mieux l'information si elle est exprimée avec des mots car ils sont à l'aise avec les abstractions.


Le cap de l’orientation professionnelle d’un enfant dyspraxique
Si l'enfant n'a pas été dépisté et aidé suffisamment tôt, il arrive en sixième incapable de prendre des notes. Il est mauvais en géométrie, ses classeurs sont sales, mal organisés. Il peut ainsi redoubler une ou deux fois au collège, alors qu'il est très à l'aise dans le langage et l'abstraction. Résultat, on peut en arriver à lui proposer une formation professionnelle de type manuel, par exemple ébéniste ou électricien. Et c'est la catastrophe. Car justement, il est en difficulté dans le geste et c'est dans ces métiers qu'il sera le plus malheureux et le moins adapté. Il faut l'orienter vers des métiers intellectuels où il maniera le langage.
Ainsi, dépister les dyspraxies, c'est aussi prévenir les orientations inappropriées.

Au total, un dépistage neuropsychologique des difficultés scolaires dès qu'elles apparaissent permet de comprendre et d'aider l'enfant de manière efficace et de lui permettre de tirer le meilleur parti de ses capacités.

* Hervé Glasel est neuropsychologue spécialiste du développement de l'enfant et de l'adolescent. (Il consulte au centre Pluralis à Paris.)

13/10/2008
Dr Catherine Solano
Source : e-sante.fr

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