Les aliments sont d’abord transformés dans la bouche, mélangés à une enzyme légèrement acide. Puis ils parviennent, par l’œsophage, dans l’estomac qui joue un rôle essentiel dans la digestion en broyant les aliments et en les réduisant à l’aide de sucs gastriques. Le bol alimentaire parvient ensuite, via le duodénum et le pylore, petit clapet qui régule cette circulation, dans l’intestin grêle où se poursuit la dégradation grâce à la bile et aux enzymes pancréatiques sécrétées par le foie et le pancréas, et enfin dans le côlon avant l’évacuation des résidus par les voies naturelles.
Foie ou estomac ?
Parler de crise de foie quand on a trop mangé un soir du réveillon est une erreur. C’est l’estomac qui regimbe après un repas trop copieux, trop gras, trop sucré et/ou trop alcoolisé. Au début, il sécrète davantage de suc gastrique pour transformer les aliments en excès ou trop riches, mais trop, c’est trop… Il se dilate, fait mal et le suc gastrique, très acide, devenu trop abondant dans l’estomac, bloque le pylore. L’estomac se surcharge alors d’aliments difficiles à digérer et acides, d’où ballonnement, pesanteur, brûlure, spasmes, nausées… ou tout à la fois ! Quand ses capacités sont dépassées, l’estomac n’a pas d’autre solution que de faire remonter le trop-plein. Ces vomissements sont désagréables, mais l’estomac est libéré. Conseil : faites ensuite une petite diète ou mangez légèrement (soupe) et buvez beaucoup (tisanes, bouillon de légumes) pour remettre l’estomac en état de marche. Autre possibilité tout aussi pénible quand les aliments ont réussi tant bien que mal à franchir la barrière du pylore : l’intestin, à son tour débordé, réagit en provoquant des diarrhées. Prenez vos précautions et soignez-vous sans attendre.
Les causes du RGO
Quand aigreurs et brûlures d’estomac se répètent après les repas, pas nécessairement pantagruéliques, ou se produisent en position couchée ou penchée, c’est un reflux gastro-œsophagien* (RGO), peu grave mais très gênant. Souvent, le RGO empêche de bien dormir la nuit, d’où un risque de somnolence diurne. En relâchant le muscle qui contrôle l’ouverture et la fermeture entre le bas de l’œsophage et l’estomac, la position allongée favorise le reflux de l’acide gastrique.
Les facteurs de risque sont connus : le vieillissement qui altère le tonus de ce petit sphincter, le surpoids, à cause de la pression exercée sur l’abdomen, l’existence d’une hernie hiatale (une partie de l’estomac remonte dans la cage thoracique), les repas trop copieux ou riches en graisses, mais aussi tabac, café, alcool et certains médicaments.
Quel traitement ?
Décrivez vos symptômes à votre pharmacien, il vous conseillera un médicament, adapté à votre cas, non pas pour faciliter la digestion mais pour ne plus souffrir de brûlures et de remontées acides.
• Pansement gastrique de la famille des antiacides ou des alginates pour protéger la muqueuse, à prendre au moment des douleurs et après les repas.
• Anti-H2, ou anti-sécrétoire, pour bloquer la sécrétion acide.
• Inhibiteur de la pompe à protons (IPP), plus puissant, si les symptômes sont fréquents, disponible sans ordonnance. Seul celui qui est à base d’oméprazole est autorisé pendant la grossesse. À savoir : l’efficacité de ces médicaments n’est pas immédiate, mais prolongée.
Ces traitements sont efficaces mais ne dispensent pas de mesures d’hygiène de vie.
• Perdez quelques kilos si vous êtes en surpoids.
• Prenez des repas légers et fractionnés pour ne pas surcharger l’estomac.
• Limitez café qui augmente l’acidité de l’estomac, boissons alcoolisées qui favorisent le relâchement du sphincter entre œsophage et estomac, boissons gazeuses, condiments agressifs, jus d’agrumes, cornichons, vinaigre.
• Évitez de vous pencher en avant, de faire des efforts et de vous allonger juste après les repas.
• Pas de sieste ni de sport après les repas, mais une petite marche.
• Surélevez la tête de lit pour dormir.
• Pas de vêtements serrés ni de ceintures qui compriment l’abdomen.
• Détendez-vous, le stress augmente le reflux.
Si les symptômes du reflux persistent ou récidivent en dépit des traitements (4 semaines maximum avec les IPP), voyez votre médecin à cause du risque, à la longue, de saignements.
Signalez-lui les médicaments que vous prenez par ailleurs, en particulier pour l’asthme et l’angine de poitrine, certains favorisant le reflux. Il pourra demander un examen, une fibroscopie notamment, pour rechercher la cause.
Douloureux ulcère
L’ulcère gastro-duodénal, inflammation des parois internes de l’estomac et du duodénum, toute première partie de l’intestin, est moins courant que le RGO. Mais les symptômes – plus vifs après les repas ou quand l’estomac est vide selon la localisation des lésions – se ressemblent un peu : douleur sous le sternum qui irradie dans le dos, ballonnements, nausées. Certaines zones se creusent et font très mal. On sait aujourd’hui que la plupart du temps cet ulcère est dû non pas au stress, mais à une bactérie particulière, Helicobacter pylori, présente le plus souvent depuis l’enfance. Les médicaments habituels soulagent, mais ne guérissent pas et les douleurs réapparaissent. L’amélioration de l’hygiène et du niveau de vie diminue la fréquence de cet ulcère qui, surtout, se soigne aujourd’hui très bien… à condition de suivre le traitement jusqu’au bout, sous peine de récidive. Il comporte trois médicaments sur ordonnance : un IPP et deux antibiotiques, mais il n’est pas toujours efficace, à cause des résistances microbiennes aux antibiotiques ; en cas d’échec, le médecin change d’antibiotique. Le diagnostic d’une infection à Helicobacter pylori est demandé par le médecin au gastro-entérologue, et se fait via une biopsie prélevée par endoscopie ou, plus simple et rapide, un test respiratoire à l’urée.
La prise au long cours d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) ou d’aspirine, surtout pour soulager maladies rhumatismales et douleurs articulaires, est une autre cause d’ulcère. Aussi le médecin prescrit un IPP en parallèle de ces médicaments agressifs pour l’estomac, pour éviter lésion ou récidive.
Cancer gastrique : rare
Avec 9 000 nouveaux cas par an en France, il touche en majorité les hommes, vers 70 ans en général, mais est heureusement assez rare. Il faut cependant y penser en cas de douleurs persistantes et qui changent, de perte d’appétit et plus encore d’amaigrissement. Dans ce cas, une gastroscopie est impérative car il se traite difficilement et son pronostic est plutôt sombre, surtout s’il ne peut bénéficier précocement d’une exérèse chirurgicale.
Evelyne Gogien
* Une association qui informe et guide les parents d’enfants souffrant de RGO : http://les-ptits-dodos.asso-web.com
Du côté du pharmacien
Réveillons : prenez vos précautions !
Les médicaments sans ordonnance sont nombreux. Demandez conseil à votre pharmacien pour soigner ou éviter les conséquences des repas de fête.
• Antispasmodiques pour calmer les douleurs d’estomac.
• Citrate de bétaïne pour aider la motricité gastro-intestinale et accélérer la digestion.
• Antiacides légers pour soulager brûlures d’estomac et remontées acides en neutralisant l’acidité gastrique. À prendre dès la douleur ou 1 ou 2 heures après les repas.
• Cholérétiques pour stimuler la sécrétion de bile, donc la digestion des graisses. Certains à base de plantes : chardon Marie, desmodium, boldo, artichaut, fumeterre, pissenlit.
• Préparations à base d’enzymes digestives qui aident à dégrader les aliments.
• Alginates formant une barrière qui protège la muqueuse gastrique et s’oppose au reflux. À prendre au moment des douleurs ou en fin de repas.
• Solutions homéopathiques : Nux vomica, Ipeca, Antimonium crudum, Paulinia.
questions à…
Pr Marc-André Bigard, chef du service d’hépato-gastro-entérologie, CHU de Nancy.
• Pourquoi les femmes enceintes souffrent-elles particulièrement de RGO ?
Au cours de la grossesse, le fœtus exerce une pression accrue sur l’abdomen tandis que le taux de progestérone augmente fortement, contribuant au relâchement des muscles et facilitant les remontées acides de l’œsophage vers l’estomac, surtout pendant le troisième trimestre.
• Quels sont exactement les liens entre le RGO et le stress ?
La majorité des personnes qui consultent parce qu’elles souffrent de RGO, se déclarent stressées. Par ailleurs, le ressenti des symptômes du RGO chez une personne stressée est plus important que celui d’une personne se disant non stressée.
• Selon vous, comment faut-il réagir quand on suspecte un RGO ? Dans quel cas consulter et qui ?
Quand on souffre de reflux de manière fréquente et répétée et si l’on ne présente pas de contre-indication, la prise d’un inhibiteur de la pompe à protons est une solution qui soulage efficacement les symptômes, avec un seul comprimé par jour. Mais si les symptômes persistent, il est impératif de se tourner vers son médecin traitant.
Témoignage
Gastroscopie et biopsie
« Comme mes douleurs gastriques ne passaient pas malgré le traitement, le gastro-entérologue m’a prescrit une fibroscopie. D’après une collègue, c’était un examen épouvantable, elle regrettait de ne pas avoir eu d’anesthésie générale. En fait, c’est un peu désagréable mais pas si terrible… Le médecin m’a donné un petit calmant pour diminuer l’appréhension, a placé ensuite au fond de ma gorge un gel anesthésiant pour faciliter la déglutition avant d’introduire un petit tuyau et m’a demandé de l’aider en avalant ; sur l’écran, je voyais le tuyau s’enfoncer… Puis il s’est arrêté pour examiner les parois de l’estomac et prélever des échantillons pour analyse à l’aide d’une petite pince glissée dans le tuyau. Une fois celui-ci remonté, j’ai toussé et bavé, mais au total ça n’a pas duré longtemps et une demi-heure après je regagnais le bureau. Les résultats de la biopsie ont été envoyés à mon médecin traitant, ce n’était pas cancéreux, ouf ! »
Alban, 63 ans.
L’avis du spécialiste
Dr Anne Courillon-Mallet, chef du service de médecine interne et hépato-gastro-entérologie de l’hôpital de Villeneuve Saint-Georges (94).
Quand l’ulcère n’a pas de cause connue
« La baisse de la fréquence de l’infection à Helicobacter pylori (Hp) dans les pays occidentaux s’est accompagnée d’une baisse de celle des ulcères et d’une nouvelle répartition des facteurs en cause. Une étude, réalisée en 2009-2010 sur un millier de patients souffrant d’un ulcère ou d’au moins 5 ulcérations montre que l’infection à la bactérie Hp reste, en France, la première cause d’ulcère mais chez 1 patient sur 2. Un quart des patients avaient pris un traitement prolongé par anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS) ou de l’aspirine (plus de 300 mg/jour), 18 % moins de 300 mg/jour d’aspirine et 22 % cumulaient les deux facteurs de risque. En revanche, 20 % des patients n’avaient pas la bactérie et n’avaient pas pris de médicaments toxiques pour l’estomac… En dehors de la cirrhose, aucune pathologie ne paraît associée à ces ulcères sans cause, mais leur mécanisme est à ce jour inconnu. »
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